En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Vanité des vanités

Felix Vallotton (1865-1925), Coucher de
soleil, ciel orange, 1910, Musée des Beaux Arts de Winterthur, Suisse
Felix Vallotton
Félix Vallotton est un artiste peintre et graveur de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Il a la double nationalité suisse, d’origine, et française qu’il obtient en 1900. Il rejoint le groupe des Nabis (1889-1903) en 1897. Il est aussi écrivain.
Vallotton commence sa carrière en se spécialisant dans l’art du portrait.
Il est connu au début du siècle pour son œuvre en xylogravure, décrivant la société contemporaine et urbaine d’une manière plutôt cynique.
Il se marie en 1899 avec la fortunée Gabrielle Henrigues
Vallotton et le paysage
Après son mariage, sa peinture évolue, il se détourne de l’agitation de la vie moderne et se consacre exclusivement à la peinture. Il s’adonne au paysage.
A l’époque, deux mouvements s’opposent, le naturalisme et le symbolisme qui récuse tout ce qui peut relever du quotidien et qui se veut une peinture de l’âme.
Coucher de soleil
Ce coucher de soleil au ciel orange, derrière un coteau très en silhouette, a été peint à Honfleur. C’est un thème que Vallotton a repris une quarantaine de fois. Ce sont des paysages recomposés en atelier, à part des impressions saisies sur le vif à l’occasion de ces nombreux séjours en Normandie.
Le soleil s’impose, par sa place, sa couleur, et par son irradiation. Il est envahissant et la nature lui semble tout entière soumise.
Tout est simplifié à l’extrême, lacs montagnes et autres, on n’est pas loin de l’abstraction.
Cet éclatant coucher de soleil brouille nos repères spatiaux traditionnels. Pas de présence humaine. Lignes, couleurs, formes ne représentent plus un motif et un moment précis, mais elles suggèrent un univers, comme un au-delà insondable de la nature.
Ce coucher de soleil invite à la méditation, à l’émerveillement face à l’infini de la beauté.
Lecture du livre de Qohelet (Qo 1, 2-11)
Vanité des vanités, disait Qohèleth.
Vanité des vanités, tout est vanité !
Quel profit l’homme retire-t-il
de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?
Une génération s’en va, une génération s’en vient,
et la terre subsiste toujours.
Le soleil se lève, le soleil se couche ;
il se hâte de retourner à sa place,
et de nouveau il se lèvera.
Le vent part vers le sud, il tourne vers le nord ;
il tourne et il tourne,
et recommence à tournoyer.
Tous les fleuves vont à la mer,
et la mer n’est pas remplie ;
dans le sens où vont les fleuves,
les fleuves continuent de couler.
Tout discours est fatigant,
on ne peut jamais tout dire.
L’œil n’a jamais fini de voir,
ni l’oreille d’entendre.
Ce qui a existé, c’est cela qui existera ;
ce qui s’est fait, c’est cela qui se fera ;
rien de nouveau sous le soleil.
Y a-t-il une seule chose dont on dise :
« Voilà enfin du nouveau ! »
– Non, cela existait déjà dans les siècles passés.
Mais, il ne reste pas de souvenir d’autrefois ;
de même, les événements futurs
ne laisseront pas de souvenir après eux.
(Qo 1, 2-11)
Vanité des vanités
« Vanité des vanités est le leitmotiv de tout l’enseignement de Qohelet.
Ce mot “vanité” (“hevel” en hébreu) voulait dire à l’origine « souffle », « vapeur », « buée », « fumée », puis a pris le sens plus abstrait de « éphémère », « illusion », « sans perspective ». Sous le soleil, nous dit l’auteur, tout, sans exception, est vanité. Il n’y a pas d’illusions à se faire, pas de frontière à établir.
Quel avantage à travailler ?
Alors, quel profit, quel avantage réel et durable peut tirer l’homme de tout le labeur dont il se tourmente sous le soleil ? Question percutante qui rappelle la parole du Seigneur Jésus : – “Quel profit y a-t-il pour un homme s’il gagne le monde entier, et qu’il fasse la perte de son âme ?” (Marc 8. 36 ).
Une nature immuable
L’homme passe, génération après génération, au milieu d’une nature qui subsiste, immuable, comme indifférente à son travail et à son questionnement.
La nature est impassible, mais elle ne reste pas immobile. Le soleil se hâte dans son cycle perpétuel mais sans changement, de même pour le vent qui tourne et retourne mais sans but.
La nature est active mais il n’y a jamais rien de nouveau.
L’auteur considère que l’expérience d’une génération ne se transmet pas à la suivante, l’expérience humaine est unique et personnelle. L’histoire se répète sans et avec ses tragédies.
Une parole salutaire pour le chrétien
Cette vision des choses peut gêner le chrétien qui regarde la création comme la magnificence de Dieu et qui se rappelle des interventions de Dieu dans l’histoire humaine ; elle est pourtant salutaire : elle invite à vivre avec intensité chaque instant comme un don de Dieu, à aimer ce monde changeant en y vivant le mieux possible, et à faire confiance à l’infinie bonté pour ce qui nous échappe totalement.
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