En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
La traversée de la mer Rouge

Traversée de la Mer Rouge, plat creux majolique, signé et daté : Dalle Palle Giovanni Battista, vers 1560, Courtauld Gallery à Londres.
La Renaissance italienne développa l'art de la céramique et les Italiens devinrent les spécialistes de la majolique qu'ils produisirent en abondance durant cette période.
La majolique est une faïence c'est à dire une argile recouverte d'un émail stannifère (l'étain étant un métal blanc malléable), qui lui donne une couleur blanche sur laquelle le décor est peint.
Les couleurs utilisées pour le décor sont réalisées à partir d'oxydes métalliques qui après la cuisson confèrent à l'objet de superbes teintes.
Dès la 2ème moitié du 15ème siècle la technique de la majolique fut maîtrisée par les Italiens, et de nombreux ateliers de fabrication furent installés dans tout le pays. Les plus grandes fabriques sont notamment à Faenza, Urbino ou Venise dont les ateliers fournissent des objets aux couleurs luxuriantes comme notre plat . Ils sont dirigés par des familles d'artisans qui peuvent circuler d'un centre à un autre. Les décors inventés furent ainsi vite diffusés.
L'usage des plats en majolique ne se démocratisa au delà des cours princières qu'à partir de la 2ème moitié du 16ème siècle.
Le développement de la majolique correspond à l'essor européen de la gravure dont l'historien de l'art Vasari (1511-1574) a souligné le rôle. Durant la 2ème moitié du 16ème siècle on retrouve souvent l'influence des vignettes gravées sur bois par Bernard Salomon illustrant l'Ancien et le Nouveau Testament.
Le plat présenté ici illustre la traversée de la mer Rouge. Une grande vague bleue dressée verticalement, immense, puissante sépare les deux parties. D'un coté des soldats et chars égyptiens sont esquissés, engloutis dans les flots.
Sur la partie gauche la foule des hébreux, hommes, femmes et enfants suivent Moïse, émerveillés et étonnés de cette immense vague bleue, où ils lisent la toute puissance divine les sauvant de l'armée du Pharaon.
Tout à gauche, de profil, Moïse, fier et droit, bâton à la main avance son chemin dans le désert rocailleux, et au loin des arbres annoncent la prospérité.
Le texte biblique
Ex 14,5-18
Commentaires
Nous sommes à l'étape décisive de la libération du peuple hébreu du pays d'Egypte, c'est le récit même de l'évènement « merveilleux », qui est compris comme l’acte de naissance du peuple de Dieu.
Il se présente au départ comme une péripétie inattendue : Israël se croyait libre, mais le Pharaon revient sur sa décision et se met à poursuivre ceux qu'il venait d'expulser.
Mais ce ne sera que l'occasion d'une manifestation plus éclatante de la puissance de Dieu. Le peuple va faire l'expérience du salut au moment où il se trouve entre la mer entre une puissante armée. Le peuple devait être anéanti. Mais c'est l'Egypte si puissante et fière, qui va sombrer dans la catastrophe. Il y a là la manifestation de la gloire de Dieu : « je suis le Seigneur et je me glorifie aux dépens de Pharaon ».
Ce récit est celui de la confrontation non pas entre les Israélites et les Egyptiens, mais entre le Seigneur et l'Egypte menée par Pharaon. Les Israélites apparaissent comme les bénéficiaires d'un salut, d'une libération dont la responsabilité revient entièrement au Seigneur.
Le texte présente des répétitions et des ruptures dans le récit, ainsi on peut en déduire que le texte de nos bibles actuelles résulte de de la fusion de deux traditions qui ont existé indépendamment l'une de l'autre.
Dans la tradition que les biblistes appellent ancienne, Dieu est présenté comme participant au combat et prenant parti pour son peuple contre les forces de Pharaon ; son activité a pour résultat le salut du peuple. Moïse est son prophète et ce qui est demandé au peuple, c’est la foi.
Dans l'autre tradition, nommée sacerdotale, le rythme est donné par la succession des discours du Seigneur, annonçant la suite des évènements. On peut voir un lien avec le récit de la création (séparation des eaux et du sol sec), le passage de la mer apparaît comme le prolongement de l'acte créateur de Dieu. Dieu agit par sa parole par l’intermédiaire de son serviteur Moïse, à qui il délègue sa puissance : Moïse lève la main et la mer se retire.
Sur le plan historique, que retenir ? Aucun élément n'est vraiment disponible. La tradition de la sortie d'Égypte est massivement attestée dans l'ensemble de la Bible hébraïque. Nous sommes dans l’ordre de la mémoire du passé, mémoire fondatrice qui permet au peuple de dire son identité et de continuer à vivre. Le Seigneur est présenté comme le Dieu qui a fait sortir Israël d'Égypte et cette libération est rappelée lors de l'exil à Babylone. Enfin le récit de l'Exode est plus tard devenu le modèle de toutes les libérations qu'a connu le peuple et dans lesquelles est reconnue l'intervention salutaire du Seigneur. Dieu a sauvé son peuple de l’esclavage, il s’est engagé pour lui, et cette alliance accompagne désormais Israël dans son histoire.
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