Fra Angelico. (1395- 455) Gethsemani. c.1450. Fresco, 177 x 147. San Marco, Cellule 34
Guido di Pietro, en religion Fra Giovanni, est connu sous le nom de Fra Angelico, le « Frère des anges ».
Religieux dominicain, il a cherché à associer les principes de la peinture de son époque, la Renaissance, qui insistait sur la représentation de la perspective et de la figure humaine, avec l'art médiéval, et la valeur mystique de la lumière.
L'ordre créé par saint Dominique était composé de clercs réguliers qui menaient une vie monastique et s'acquittaient du ministère particulier de la prédication. Le couvent saint Marc répondaient aux exigences demandées par les religieux (couvent, maison d'accueil, proche d'une ville où prêcher).
Le jeune Guido di Petri vint de son village natal du Mugello, à Florence pour y apprendre la peinture auprès de Lorenzo, moine de l'abbaye de saint Marie des Anges. Puis il découvrit sa vocation et entra comme novice dans l'ordre des Dominicains. En même temps que ses devoirs de dominicain il poursuivit son activité de peintre, puis entreprit la décoration du couvent, il était alors rompu aux règles et aux procédés de la construction perspective comme aux techniques de la fresque. Il adopta ici une gamme de couleurs limitée à quelques pigments ferreux pour la plupart posées sur un fond de chaux qui exalte la patine vitreuse.
Dominique avait accordé à chaque frère prêcheur le privilège d'une cellule individuelle, à la fois pour dormir et pour étudier, pour prier et méditer en solitude. Les décors réalisés par Fra Angelico permettaient à chaque moine de disposer d'une image à vénérer et à méditer. Il ne semble pas y avoir de lien commun et systématique entre les différents sujets, mais il a été suggéré qu'il pourrait suivre une méditation du Rosaire, mystères joyeux, douloureux et glorieux de la vie du Christ et de Marie.
La cellule 34 fait partie des cellules destinées à des convers, moines demeurés à l'état laïc. Dans le couvent ils étaient chargés des tâches matérielles. Venus en général de milieux défavorisés, leur culture n'allait guère au-delà des notions sommaires et générales. Fra Angelico décida de s'inspirer de l'Évangile de saint Matthieu, évangile le plus cohérent, systématique et pédagogique.
Il commence la série par Jésus au désert, puis les prédications aux apôtres, l'entrée à Jérusalem, la Cène,et la cellule 34 montre le jardin de Gethsemani où Jésus, en compagnie de trois apôtres, prie pour se préparer à la Passion. Puis ce sera l'arrestation de Jésus et enfin la descente aux enfers et la libération des justes.
Les scènes sont représentées simplement. La montagne plantée d'oliviers élève le Christ en prière et le sépare du groupe des disciples qui l'ont laissé seul, cédant au sommeil. À droite, les sœurs de Lazare, Marthe et Marie, représentées à l'intérieur de la maison où elles avaient accueilli Jésus, sont présentes, elles veillent; elles sont les servantes humbles du Seigneur : le sacrifice du Christ pour les hommes appelle en retour autant d'amour et d'abnégation.
Ce tableau servira d’introduction à notre carême, pendant lequel il sera proposé de suivre la passion de Jésus au long de son « chemin de croix », en méditant devant des peintures de Fra Angelico et à l’aide de méditations des Pères de l'Eglise.