Par sa place dans l’évangile de Matthieu et par sa longueur (trois chapitres Mr 5,2- 7,27), le discours sur la montagne est le premier des cinq discours que Matthieu attribue à Jésus. Dans les chapitres précédents, Jésus avait inauguré le règne de Dieu par des guérisons et l’enseignement dans les synagogues, et déjà des disciples l’avaient suivi.
Le sermon sur la montagne s’adresse à ceux qui suivent déjà Jésus et adhèrent au Royaume qu’il proclame.
Il s’agit d’une charte du vivre ensemble des disciples du Royaume. Ce n’est pas un code exhaustif, il n’offre pas un tableau complet de la vie chrétienne mais des orientations fondamentales pour une communauté qui fait du Christ le seul interprète de la Loi et le seul modèle du comportement humain.
Les béatitudes que nous lisons aujourd’hui, constituent l’introduction de ce sermon.
Dans la Bible le mot « heureux » implique à la fois une félicité pour celui qui marche déjà sur la bonne voie et un programme qui, au terme, se verra récompensé par la vie même et la joie de Dieu.
Le premier groupe de béatitudes souligne une attitude de confiance totale en Dieu et le deuxième groupe oriente un comportement. Enfin celle qui concerne la persécution est commentée par une neuvième béatitude qui passe de la 3e personne (ceux qui) à la deuxième personne (vous), en un rebondissement significatif : se conformer aux béatitudes apporte un réel bonheur malgré les rudes oppositions que l’on peut rencontrer, car le message implique une attitude prophétique, une remise en cause des valeurs ordinaires de ce monde.
Pour le judaïsme ancien les « pauvres par l’esprit » sont les doux, ils refusent l’agressivité orgueilleuse tant vis à vis de Dieu que vis à vis de leurs frères. A eux est offert le royaume appelé symboliquement la terre promise. La pauvreté en esprit, la douceur, l’affliction sont des attitudes de vie fondamentales, qui accueillent la vie comme un don de Dieu, dans un renoncement à la maîtrise et une ouverture aux autres qui parlent déjà de la paix et de la joie du Royaume. Là commence aussi la consolation des affligés, comme l’annonçait les prophètes et comme Jésus l’a mis en oeuvre (Is 61,2). Les trois premières béatitudes constatent le bonheur paradoxal de petits, des simples et des pauvres, parce qu’ils mettent leur confiance non en eux-mêmes mais en Dieu.
De même, selon l’idée juive de « justice », sont heureux ceux qui ont faim de voir triompher les droits de Dieu en eux et autour de Dieu.
Les béatitudes suivantes répondent à un choix de comportement conforme à la volonté de Dieu : ce sont les choix que Jésus lui-même a faits.
Dieu pardonnera à qui fait miséricorde, celle qui implique des gestes que le judaïsme appelle « œuvres de miséricorde » et sur lesquels le Christ jugera l’humanité (Mt 25,3-46).
L’Ecriture loue « l’innocent de mains et le pur de cœur » (Ps 24,3-6) ; les cœurs purs des Béatitudes visent la droiture, la cohérence entre l’agir et les intentions, donc heureux celui qui refuse toute duplicité : il aura avec Dieu une intimité merveilleuse.
Les faiseurs de paix auront le titre de fils de Dieu, auteur de toute paix. (Ps 85, 9-14).
Ainsi est indiquée la mission des disciples et de tous chrétiens, ils sont prophètes, vivant une identité avec Jésus, celui qui, seul, a vécu parfaitement toutes les béatitudes.