En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Le scandale de la croix

Georges Rouault, 1871-1958, « Obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix » 1926 / 1948, Fondation Georges Rouault
Georges Rouault, « le Miserere »
Cette planche fait partie d’une œuvre de Rouault éditée sous le titre « Miserere », un cycle de 58 estampes :
« L’ombre de la Croix, il n’y a que cette ombre qui soit propice aux pauvres hères qui ont encore au cœur un grand amour pour ce qui ne se voit pas, ni ne se pèse, et c’est pour ceux là que j’ai peint » (Rouault)
L’artiste y a consacré de nombreuses années, « Je fus comme un paysan en son champ, attaché à la glèbe comme pendu à la corde de chanvre, comme le bœuf à l’attelage, bien que rétif en diable, ne levant le nez de mon ouvrage que pour fixer la lumière, l’ombre, la demi-teinte, les traits des curieux visages de certains pèlerins et pour enregistrer formes, couleurs, harmonies fugitives, jusqu’à croire que j’en garderai au-delà du tombeau fidèle souvenance. »
Inspirée par la guerre de 14, l’œuvre déborde le cadre de ces événements pour devenir, par son universalité, une vaste fresque de la condition humaine avec sa misère, ses souffrances, mais revue par le regard du croyant qui donne la lumière de l’espérance.
Le Christ en croix
Ce Christ en croix est caractéristique du style de Rouault : des contours noirs très épais, des contrastes de noirs, gris, blancs qui rappellent l’art des vitraux.
Il a utilisé l’encre de Chine posée sur des plaques de cuivre, combinant des techniques complexes eau-forte, aquatinte, roulette, pour obtenir des noirs d’une profondeur absolue.
Le visage entouré de rayons lumineux, semble paisible, tête penchée, yeux mi-clos. La simplicité presque primitive de l’expression donnée au Christ, appelle à l’espérance et à un acte de foi en la miséricorde de Dieu qui sauve.
Lecture de la première lettre aux Corinthiens (1 Co 1, 17-25)
Frères,
le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser,
mais pour annoncer l’Évangile,
et cela sans avoir recours au langage de la sagesse humaine,
ce qui rendrait vaine la croix du Christ.
Car le langage de la croix est folie
pour ceux qui vont à leur perte,
mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous,
il est puissance de Dieu.
L’Écriture dit en effet :
Je mènerai à sa perte la sagesse des sages,
et l’intelligence des intelligents, je la rejetterai.
Où est-il, le sage ? Où est-il, le scribe ?
Où est-il, le raisonneur d’ici-bas ?
La sagesse du monde,
Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ?
Puisque, en effet, par une disposition de la sagesse de Dieu,
le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu,
il a plu à Dieu de sauver les croyants
par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile.
Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux,
et que les Grecs recherchent une sagesse,
nous, nous proclamons un Messie crucifié,
scandale pour les Juifs,
folie pour les nations païennes.
Mais pour ceux que Dieu appelle,
qu’ils soient Juifs ou Grecs,
ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu
et sagesse de Dieu.
Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes,
et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
(1 Co 1, 17-25)
Commentaire
Un messie crucifié
La prédication d’un « messie crucifié » est bien reconnue par Paul comme une ineptie, la parole de la croix est une folie ; la croix est, aux yeux des Juifs et des Grecs, un blâme infamant.
Pourtant Paul reste convaincu : Dieu ne se laisse découvrir que dans l’apparent total de non-sens de la crucifixion de Jésus. A l’attente de signes et à la sagesse développée par certains, Paul oppose l’anti-signe par excellence, une pure folie, voire un scandale !
On attendait un messie puissant qui délivrerait définitivement Israel.
Une remise en cause des idées reçues
Paul en appelle ainsi à une remise en cause des idées reçues, à un renversement des valeurs.
Il prend pour exemple la modeste condition sociale de la majorité de l’Eglise corinthienne. Ce sont des petites gens, des oubliés, mais choisis en nombre par Dieu, et c’est pour Paul un signe radical du changement des valeurs manifesté par la croix.
Le nécessité de l’Esprit Saint
Ceci ne peut être compréhensible par une intelligence humaine ni exprimé par des mots humains, mais seulement par l’intermédiaire de l’Esprit Saint. C’est par Lui que nous pouvons accepter que la croix soit le langage de Dieu pour nous mener au salut.
La croix, puissance de Dieu pour les maudits
Ainsi Paul affirme que la Parole de la croix est puissance de Dieu.
Jésus, sur la croix, est venu rejoindre les délaissés, les maudits ; en cela Paul voit briller la gloire de Dieu, l’accueil des humiliés dans son amour.
