Vendredi saint

Simon de Cyrène, le portement de la croix de Jésus




Raphaël, Procession vers le Calvaire, vers 1502-05, National Gallery, Londres

Raphaël, retable pour l’église de Padoue

Ce tableau fait partie d’une prédelle aux côtés de deux autres scènes de la Passion, l’agonie au jardin des Oliviers et la Pieta. Il s’agit de la prédelle d’un retable peint par Raphaël pour l’église saint Antoine de Padoue du couvent des franciscaines à Pérouse ; ce couvent avait été fondé en 1388 pour accueillir des femmes de la noblesse.

Jésus porte sa croix

Raphaël montre le Christ, vêtu d’une robe bleue, peinant à porter sa croix. Il est précédé deux cavaliers, l’un porte une bannière rouge et l’autre doit maîtriser son cheval qui se cabre.

Un homme vêtu de jaune aide Jésus à avancer en le tirant pas une corde attachée à sa ceinture.

Simon de Cyrène

Derrière, Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix, selon ce qui est raconté dans les évangiles synoptiques.

A gauche la Vierge Marie est soutenue par trois compagnes sous le regard inquiet de saint Jean.

Le paysage au fond à droite, montre une étendue d’eau et quelques bâtiments se découpant sur une colline sombre.


Lecture de l’évangile selon saint Matthieu (Mt 27, 27-32)

Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde.

Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge.

Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! »

Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête.

Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.

En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus.

Mt 27, 27-32

Commentaire

Charles Péguy

“Heureux celui qui se trouva là, juste au moment où il fallait porter sa croix, l’aider à porter sa croix, une lourde croix, sa vraie croix, cette lourde croix de bois, de vrai bois, sa croix de supplice, une lourde croix bien charpentée. Comme pour tout le monde, pour tous les autres suppliciés du même supplice.

Un homme qui passait par là, sans doute. Ah il avait bien pris son temps, celui-là, cet homme qui passait par là, juste à ce point, juste alors, juste à ce moment-là. Cet homme qui passait juste là.

Combien d’hommes depuis, des infinités d’hommes dans les siècles des siècles auraient voulu être là, à sa place, avoir passé, être passés là juste à ce moment-là. Juste là. Mais voilà, il était trop tard, c’était lui qui était passé, et dans l’éternité, dans les siècles des siècles il ne donnerait pas sa place à d’autres ; et eux, les tard venus, ils ont été forcés de se rabattre sur d’autres croix, de s’exercer, de faire des exercices, de se rabattre à porter d’autres croix. De s’en fabriquer, eux-mêmes, d’autres croix. De s’en faire fabriquer. Artificiellement. Cela ne revient pas au même.

Un homme de Cyrène, nommé Simon, qu’ils contraignirent de porter la croix de Jésus. Il n’a plus besoin, aujourd’hui, qu’on le contraigne d’avoir porté la croix de Jésus. Heureux surtout, heureux celui, et lui aussi il ne donnerait pas sa place à un autre lui non plus, heureux celui qui pourtant ne le vit qu’une fois. Heureux celui, heureux surtout, heureux sur tous, le plus heureux de tous, heureux celui qui le vit dans le temps, et qui pourtant ne le vit qu’une fois.” 

Charles Péguy ( 1873-1914), Le mystère de la charité de Jeanne d’Arc, 1910

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