En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
La samaritaine, l’eau vive
3e dimanche de carême.
En union avec les catéchumènes qui célèbrent dimanche 8 mars le premier scrutin en vue de leur baptême

Lucas Cranach l’ancien, 1472-1533, Le Christ et la samaritaine, 1525/37, musée de Leipzig
Lucas Cranach l’Ancien
Lucas Cranach l’Ancien, peintre et graveur de la Renaissance allemande, ami de Luther, offre dans ce tableau une vision de la rencontre entre Jésus et la femme samaritaine au puits de Jacob.
Cranach présente au centre, au premier plan, Jésus et la samaritaine autour du puits, Jésus assis sur la margelle et la jeune femme venue puiser de l’eau. A l’arrière plan, à gauche les disciples regroupés observant la scène et de l’autre côté le mont Garizim au lointain.
La jeune femme
La samaritaine est élégante, dans sa robe rouge, son collier raffiné, sa chevelure enserrée dans un délicat filet. On comprend qu’elle veut plaire aux hommes. Elle tient fermement le seau qu’elle a plongé dans le puits, à ses pieds la cruche prête à être remplie d’eau. Mais son attention est ailleurs, elle regarde fixement Jésus, elle écoute les paroles de cet homme qu’elle ne connaît pas, un étranger qui lui parle, l’écoute, et provoque l’échange.
Jésus
Jésus semble fatigué de son voyage, mais toute son attention est pour la femme qu’il regarde avec insistance. Il porte un simple vêtement bleu de voyageur, et ne porte pas de sandale, il a marché pied-nus. Il est attentif aux dires de la femme, et la bénit de la main droite. Il lui veut tellement de bien qu’il lui offre de l’eau vive, l’eau de la vie de Dieu..
Le puits, lieu de rencontre
Au centre le puits : c’est là qu’on vient chercher l’eau nécessaire à la vie, c’est aussi un lieu de rencontre où on peut échanger avec les villageois venus chercher de l’eau.
Le mont Garizim
Au loin à droite la ville de Sykar au pied du mont Garizim, où les Samaritains avaient construit un temple (détruit deux siècles auparavant), comme le temple de Jérusalem pour les juifs. La ville est fortifiée, elle ressemble plutôt à une ville de l’époque de Cranach, avec une église et des fortifications. Beau morceau de peinture avec les reflets dans l’eau de la rivière !
Les disciples
Les disciples à gauche sont rassemblés en groupe serré, devant les arbres sombres mais marchant sur un chemin de lumière. Leurs visages sont de véritables portraits. Ils regardent dans tous les sens, ils portent des vêtements de couleurs variées; comme Jésus ils sont pied-nus.
Ils semblent étonnés, ils n’y comprennent rien, est-ce qu’ils désapprouvent l’attitude de Jésus ?
Lecture de l’Evangile selon saint Jean (Jn 4, 4-42)
Or, il lui fallait traverser la Samarie.
Il arrive donc à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph.
Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
– En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions.
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.
Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ?
Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ;
mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari :
des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !…
Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »
À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens :
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »
Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui.
Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. »
Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »
Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.
Ne dites-vous pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant,
le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur.
Il est bien vrai, le dicton : “L’un sème, l’autre moissonne.”
Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »
Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui,
et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Jn 4, 4-42
Commentaire
Cette rencontre de Jésus et de la femme de Samarie est bien connue, mais le texte est riche et toujours à regarder de plus près et à approfondir.
La Samarie
La Samarie est une région considérée comme schismatique du point de vue religieux par les Juifs, qui haïssaient les Samaritains.
La Samaritaine
Une jeune femme vient chercher de l’eau au puits à la sixième heure, vers midi, l’heure la plus chaude, en général une heure où on ne sort pas de chez soi ; or, Jésus fatigué de son voyage, lui demande à boire.
L’eau
Un dialogue s’en suit, avec un jeu de malentendu et d’ironie. Jésus parle de la richesse symbolique de l’eau qui donne une vie éternelle, tandis que la femme s’enferre dans sa compréhension matérielle de l’eau (nécessaire, il est vrai, à la vie quotidienne).
L’eau vive dont parle Jésus est interprétée par la suite comme le don de l’Esprit. En effet il s’agit d’une eau de vie nouvelle, spirituelle, donnée au croyant dans sa vie d’aujourd’hui, mais qui continuera à jaillir pour lui pour toujours.
La femme reconnaît Jésus comme un prophète
Puis Jésus va tenter d’amener la femme à une première reconnaissance de celui qui lui parle, par l’évocation de ses cinq maris.. plus un !
En fait cela n’inquiète pas Jésus outre mesure, car la suite du dialogue montre qu’il n’est pas question de la vie privée matrimoniale de la femme mais de la diversité des cultes idolâtres très présents à Samarie. L’idolâtrie dans la Bible est toujours décrite en termes d’adultère, voire de prostitution.
C’est l’occasion pour la femme d’une première affirmation sur l’identité de Jésus : « je vois que tu es un prophète ».
Dieu n’est pas dans les temples
Les déclarations de Jésus sur l’esprit (« Dieu est esprit ») insistent sur la non localisation de Dieu sur lequel on ne peut mettre la main et sur la nécessité d’un culte « en esprit et en vérité ». La femme est déroutée : qui est-il celui-ci qui affirme que Dieu n’est pas dans les temples et les lieux de culte ?
“C’est moi le Christ”
Alors par une sorte d’intuition nouvelle, la femme reprend la main : « je sais qu’un Messie doit venir, celui qu’on appelle Christ »… et Jésus lui répond « c’est moi ». Quelle révélation ! Elle a compris que tout se jouait désormais dans la personne même de Jésus.
Et sans demander plus, elle se fait missionnaire, elle repart pour la ville et annonce à ses amis « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »
Ma nourriture c’est de faire la volonté du Père
Lorsque les disciples arrivent, scandalisés de voir Jésus parler avec une Samaritaine, ils lui proposent de venir manger.
Alors, Jésus leur enseigne quelle est la véritable nourriture, comme il a enseigné à la femme quelle est l’eau véritable, celle qui fait vivre pleinement : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre ».
Et il les envoie, eux aussi, en mission au-delà des frontières du judaïsme, vers les Samaritains et vers les païens.
Etre missionnaire
Car la femme n’a pas cherché pas à garder jalousement pour elle ce qui lui a été révélé. Elle a attiré ses compatriotes vers Jésus, elle les a mis en route. Et les Samaritains reconnaissent en lui le Sauveur du monde.
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